Déchéance et paralogisme.

La question de l’extension de la déchéance de nationalité et de son inscription dans la constitution est complexe. Contrairement à façon dont elle est posée dans le débat public où c’est une impasse. C’est en réalité deux impasses en miroir qui s’observent pleines de certitudes, prisonnières de leur aveuglement. L’ensemble au dessus d’un volcan, d’un terrorisme menaçant et d’un FN beaucoup trop puissant.
Je me demandais pourquoi je n’arrivais à rallier aucune de ces impasses, et après de nombreux et longs débats, il m’est apparu que la question était maltraitée.


Permettez-moi une légère digression comparative.
Le débat sur l’identité nationale (et l’immigration), mal posé, avait suscité des réactions classiffiables dans deux camps ainsi résumés : le premier qu’il était important de débattre de l’identité nationale et de l’immigration qui la menaçait, dans ce prisme classique d’opposition à l’autre aux relents racistes. Le second que débattre en soi de l’identité nationale est un dangereux réflexe nationaliste et donc fasciste (comme agiter le drapeau tricolore pour une certaine gauche à une certaine époque).
Ces deux erreurs illustrent le boulevard que l’on offre au FN, par notre bêtise. Nous avions et nous avons toujours besoin d’un débat sur l’identité nationale et c’est républicain, et cela ne doit pas se faire par rapport à l’immigration. Car la République ne se définit pas par ce qui différencie, ou par l’étranger, mais ce qui rassemble. La diversité sera toujours une richesse, mais tant que nous saurons sauver l’essentiel de nos principes et de nos grandes valeurs dans un socle commun, notre identité. Encore faut-il savoir nous définir.

La question de la déchéance de nationalité est similaire dans l’opposition de deux postures absurdes. Soit vous « reprenez une proposition du FN » soit vous vous interdisez totalement de penser la déchéance de nationalité au delà de l’indépassable argument qui consiste à dire qu’elle crée deux catégories de citoyens.
Un terroriste français qui attaque la France doit être déchu, c’est un symbole important.
Malheureusement il est techniquement délicat de créer des apatrides (au regard du droit international), on ne peut donc pas mettre cette mesure en œuvre. Sauf, pour une catégorie originale de citoyens qui sont binationaux, car dès lors qu’on leur retirerait la nationalité française, ils ne se retrouveraient pas apatrides et il leur resterait leur autre nationalité. Grâce à cette astuce, on conserve le symbole en général et on peut donc menacer un terroriste avec, et comme il craint autant la mort qu’il aime la France, ça le dissuadera sans doute. Sachant que le terroriste est parfois uniquement français on ne pourra pas toujours lui appliquer la déchéance. Daech ne tremble pas, mais ce n’est pas l’efficacité pratique de cette sanction, mais son symbole, et ce qu’elle engage de la France qui importe. Daech fait de la politique, et nous observe, les messages symboliques comptent.

Arrêtons nous sur ce que la gauche résiduelle choquée par cette idée, pourtant approuvée par la population à plus de 90%, reproche à une telle mesure. Cette mesure s’adresse aux terroristes, et seulement aux terroristes, mais ne pourrait s’appliquer réellement qu’aux terroristes binationaux. Les binationaux seraient donc visés, et cette déchéance non-applicable à ceux qui seraient seulement français créerait deux catégories de citoyens.
Ne serait-il pas pertinent de s’interroger sur le fait que ce n’est pas la déchéance qui crée deux catégories de citoyens mais qu’elle met seulement en lumière le fait qu’il existe déjà deux catégories de citoyens. Les binationaux ne sont pas moins français que ceux qui sont seulement français, mais ils sont français et autre chose. Et quelque chose d’autre d’aussi fort que la nationalité française. La bi-nationalité est un problème car elle met sur un pied d’inégalité les citoyens.
Je m’agace que les indignés de la déchéance ne se soient pas manifestés plus tôt, car si on suit leur raisonnement la déchéance telle qu’elle est serait déjà créatrice de deux catégories de citoyens, et l’étendre ne ferait qu’étendre la catégorie possiblement touchée par la déchéance en cas de terrorisme. Mais nous n’entendions personne sur ce sujet.

Ce qu’il est intéressant de noter, c’est la perception. Cette mesure vise les terroristes, et seulement les terroristes, pas les binationaux mais les TERRORISTES BINATIONAUX, et les terroristes français si le droit international ne nous l’interdisait pas. Les français ne s’y trompent pas et quand ils adhèrent à l’idée de la déchéance de nationalité ils pensent au 11 janvier, ils pensent au 13 novembre, ils ne font pas de tri entre les nationaux et les bi-nationaux, ils pensent d’abord, et c’est effectivement la cible, aux terroristes. Pourquoi la gauche est seule à ne pas se poser la question comme ça ?
Si la gauche veut un débat sur le scandale qui fait qu’il existe plusieurs catégories de citoyens, qu’elle propose la question de la suppression de la bi-nationalité ! Plutôt que d’utiliser l’indignation à géométrie variable selon que la déchéance touche les personnes naturalisées ou binationales.

La nationalité française est un sujet, il faut la choisir, et ne choisir qu’elle, ou y renoncer. Car c’est un engagement. Il ne s’agit en aucun cas de renoncer à des origines, à des influences, une culture ou un attachement fort à une autre ou plusieurs autres identités ; mais de choisir celle dans laquelle on veut s’engager dans toute la singularité de chacun, avec ses identités multiples, mais eu sein d’un pays et pour ce pays. C’est l’enrichir de soi, tout en adhérant à ce qu’il est. C’est se construire soi dans une dialectique permanente de ce que j’apporte à mon pays et de ce qu’il m’apporte et qui me dépasse. On voit bien qu’il est de l’ordre de l’éparpillement absurde que de démultiplier les nationalités officielles. On ne peut s’engager partout à la fois sans se perdre et perdre la dialectique qui nous lie à notre pays. Choisir à la carte la France, et aussi l’Angleterre ou l’Allemagne, ou l’Algérie, faire son marché identitaire. On ne peut être que sous un drapeau à la fois.
Être français c’est en être digne, il ne suffit pas de s’être donné la peine de naître et rien de plus pour la posséder pour l’éternité. C’est exigeant et ce ne devrait pas être cumulable.
C’est en sachant qui nous sommes et ce que nos symboles signifient que nous pourrons combattre le terrorisme et les véhémences fascisantes dans notre pays ; car elles capitalisent sur les vices des individus et de l’humanité pour piétiner notre République affaiblie.

Ne nous trompons pas de débat sur la déchéance de nationalité, le FN voudrait s’approprier l’idée comme il a pris le drapeau sur le champ de ruines sur lequel nous l’avions laissé périr, comme il a récupéré la laïcité en la transformant en protection de l’église et de la tradition chrétienne face aux musulmans. Ne laissons pas le FN piller et déformer les fondamentaux de la République. Ne laissons pas notre identité nationale se définir par leur interprétation fallacieuse de ce que nous sommes. S’ils ont un boulevard c’est parce que nous sommes des déserteurs.
Réinvestissons nos symboles, et faisons les vivres autrement que par invocation fantomatique, ancrons les dans le peuple, et donnons leur du sens et une existence tangible. C’est un combat permanent.

Nous pouvons être de gauche et parler de la déchéance de nationalité. Et de cette identité nationale. Nous pouvons répondre aux français qui s’expriment en sa faveur que nous les avons compris plutôt que de nous égarer dans d’étranges débats. Et nous devons le faire, en écrasant la vision frontiste de cette idée qui rend plus service à Daech qu’à la France, en donnant sa place à un débat sain qui fait appel à la raison, et en posant une marque républicaine à ce débat, en portant nos valeurs.

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