Proud to be a PUTE

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La prostitution est un vice. La société morale, ou plus exactement la police des mœurs a décrété que la sexualité tarifée devait être abolie comme on abolit l’esclavage ou la peine de mort. Mais qui sont ces contempteurs du corps pour juger de ma liberté d’user du mien comme je le souhaite ? Et qui sont-ils pour juger l’homme qui achète mes services sexuels quand j’y consens ?
Et puisque certains se targuent de ne pas condamner la prostitution par jugement moral mais semblent se faire des prescripteurs de vérité et de bon sens par l’incarnation du rationalisme, observons le feu d’artifice d’imbécilités qui s’affrontent dans ce débat où se vautrent des visions idéologiques grotesques qui fermentent dans une boue médiatique au parfum de fumier.

Les féministes abolitionnistes sont machistes.

Les putes sont des infirmières des corps et des âmes. Elles attendrissent les douleurs, ou bousculent l’ennui ; elles épanouissent les fantasmes et libèrent les frustrations. Elles ne sont pas forcément des femmes. Plus l’égalité femmes / hommes avance, plus la société progresse, et plus les hommes eux aussi se libèrent dans ce domaine.
Les femmes dépassent les stéréotypes machistes de la société patriarcale en faisant elles aussi appel à la sexualité tarifée avec des hommes.
L’idée que le corps de l’homme puisse être l’objet d’un désir et d’un plaisir sexuel est finalement assez neuve, qu’une femme puisse avoir envie d’une relation sexuelle avec un homme qui n’est pas à l’origine de ce désir est presque inconvenant. Alors dans une société traditionnellement patriarcale, qu’une femme puisse se payer des galipettes avec un homme, c’est un aspect oublié de toute réflexion sur la prostitution.

Et plus étonnant, c’est oublié des « féministes » abolitionnistes, figure de proue du combat contre la prostitution.

Ces féministes, par leur aveuglement, font de généralités inexactes et de raisonnements infantiles des vérités intouchables et des combats idéologiques absurdes. Ces féministes sont victimes de leur prisme patriarcal de jugement et d’analyse de l’homme et du monde. Ces féministes, souvent agressives semblent dépassées par leurs propres incohérences, elles justifient leurs revendications par une volonté pragmatiques mais imposent des jugements moraux.

Des féministes machistes gauchistes qui luttent pour ne pas jouir, parce que le corps, parce que l’argent. Une morale judéo-chrétienne réactionnaire doublée d’une action militante à la manière des antiracistes de l’époque « touche pas à mon pote ». Le mélange a au moins l’avantage d’être savoureux pour ses contradictions explosives.
Jouir librement est nécessaire. Nous vivons dans une société triste et dépressive, qui vacille sur ses fondements, qui est à la recherche de ses valeurs, mais qui ne saurait définir sereinement son identité. Au milieu de ce brouhaha, des individus se perdent, entre précarité et ambition, carrière et échecs, romantisme et manipulation, égoïsme et militantisme, transcendances et illusions. Les individus ont besoin de se faire du bien, d’adoucir la folie des hommes et l’absence de sens de la vie par quelques plaisirs salvateurs. Et quoi de plus doux et de plus fort que de jouir ?
Le sexe est un vecteur de plaisir efficace, et puissant ; nous ne pouvons priver le monde de ses bienfaits sous le joug d’une morale réactionnaire, qui refuse d’échanger un moment sexuel contre de l’argent. C’est pour l’égalité que je veux des putes libres pour tous !

Définition.

Prostitution : Activité habituelle de tout homme ou femme qui consiste à avoir une activité sexuelle avec une autre personne contre une rétribution.
Ne constitue pas en elle même une infraction pénale, à la différence du racolage (MERCI SARKOZY) ou du proxénétisme (Tiens, c’est pas automatique ? Toute prostitution n’est-elle pas le fait d’un proxénète mafieux et véreux imposant à des femmes les pires tortures sexuelles à leur profit ? Non, une femme éclairée ne peut consentir à avoir une activité sexuelle contre de l’argent… VOYONS).

L’un des problèmes de la rhétorique abolitionniste c’est ce que l’on met derrière « prostitution ».

On voudrait nous faire croire que selon une estimation sortie des méandres de je ne sais où, 90% de la prostitution serait contrainte, et donc d’une certaine façon que 90% des prostituées seraient des personnes dont le corps et le travail serait exploité. Admettons.
Si c’est une réalité, c’est terrible, et c’est probablement proche de la réalité. C’est à dire que dans l’état de droit dans lequel nous vivons, si évolué soit-il, une activité qui est en réalité une forme de travail donne lieu en grande majorité à l’exploitation d’êtres humains. C’est un drame contre lequel il faut lutter avec acharnement et il faut y mettre les moyens.
Mais si cette triste réalité existe, à l’abris de nos yeux, dans des endroits glauques et sales, où les pires réseaux prolifèrent, c’est en partie à cause de notre jugement moral de la prostitution dont on ne souffre pas la vue, qu’on repousse de nos villes, qu’on éloigne de notre conscience. Le déni, cette maladie qui annihile le raisonnement.
Nous voulons des rues blanches, à l’hygiène irréprochable, des familles heureuses et des couples fidèles, des enfants stables et des chatons qui restent toujours des chatons, parce que c’est beaucoup plus mignon.
La prostitution souffre bien plus du jugement que la société pseudo-progressiste a d’elle, que de la nature même de cette pratique.

Ainsi, on ne peut mettre dans le même panier la prostitution contrainte, contre laquelle nous avons du mal à lutter efficacement, et la pratique volontaire et libre de la prostitution.

L’argument selon lequel on ne peut légiférer pour une minorité de prostituées parce que la majorité d’entre-elles sont exploitées est ainsi clairement invalide. Intellectuellement, et juridiquement. Car si légifération il y a, c’est sur le travail des prostituées qui se fera par contrat nécessairement libre. Ce qui exclut de fait l’exploitation des corps, le proxénétisme, et  les réseaux. Ce qui facilite la protection et l’encadrement.
Une reconnaissance de la prostitution le serait donc pour 100% des prostituées, et la loi serait valable pour tous. Pour tous les citoyens en tant que potentiels clients, ou potentiel travailleur du sexe.
Inutile de souligner au passage qu’Elisabeth Badinter en déclarant « l’État n’a pas à légiférer sur l’activité sexuelle des individus » en tentant d’un statut de « philosophe » de se positionner contre l’abolition ; qu’elle requalifie à juste titre de prohibition (plus adapté à la volonté de pénalisation de la prostitution) ; se trompe lourdement. Elle serait bien inspirée de s’indigner contre l’adultère, qui n’est autre qu’un motif légal constitutif d’une faute dans le cadre de l’institution du Mariage. Une intrusion légale dans l’intimité et l’activité sexuelle des individus particulièrement insupportable. Mais je considère le mariage comme un schéma traditionnellement religieux maladroitement adapté à la République de façon civile en conservant son héritage moral qui en fait une institution particulièrement réactionnaire et intrusive dans l’intimité et la sexualité des hommes. Ceci étant un autre débat, revenons à la prostitution. Madame Badinter, si la prostitution est un travail qui en vaut un autre, alors l’état peut légiférer sur l’activité sexuelle des individus, en tant que proposition de prestation à durée déterminée, contre rémunération.
Les abolitionnistes qui veulent la prohibition de la prostitution affirment refuser la commercialisation du corps humain. Mais quelle est la différence fondamentale entre un ouvrier qui use de ses bras pour actionner une machine et une prostituée qui use de sa bouche pour faire une fellation ?
Quelle différence si ce n’est le jugement moral de l’activité sexuelle ?

L’image plus forte de la prostitution comme une violence à l’égard du vagin est souvent utilisée comme argument d’autorité. Mais il n’y a violence que s’il n’y a pas consentement, or une prostituée (qui n’est pas exploitée, par définition, si l’on veut se poser rationnellement la question de cette activité) est consentante, et exécute une prestation définie par un contrat.

La confusion dans ce débat est également entretenue par l’utilisation de mots inadéquats, ce qui empêche la réflexion. Nous l’avons déjà vu avec l’abolition qui est en réalité plus exactement une prohibition. Mais poursuivons : Achat.

« On ne peut acheter un corps. » Oui. Et la prostitution ne consiste pas en l’achat d’un corps humain, il n’y a pas d’acquisition, ni de propriétaire. Le client d’une prostituée ne peut pas faire ce qu’il veut du corps, il ne peut pas la tuer, la découper en morceau, ou l’utiliser comme élément de décoration dans son salon. Le client d’une prostituée bénéficie d’un service sexuel consenti et définit au cours d’un temps t, et doit payer cette prestation en retour. Il n’y a pas de possession, pas d’exploitation.

La dignité : profit versus plaisir.

On objecte souvent à la prostitution la dignité de l’homme, ou de la femme, qui serait bafouée. Encore une fois, mis à part une condamnation morale de l’activité sexuelle tarifée, il n’y a pas d’atteinte à la dignité humaine. La prostitution serait indigne ? Mais indigne pour qui ? Pour vous, qui n’avez jamais été ni prostituée ni client, et qui confondez proxénétisme et travail du sexe ? Ce n’est pas porter atteinte à la dignité que de choisir librement de faire des prestations sexuelles tarifées, ni d’y avoir recours. Et ce n’est pas non plus une domination de l’homme sur la femme lorsqu’il la paie pour ça, si vous acceptez d’oublier un peu vos préjugés. La prostituée libre a le pouvoir, et domine en réalité. Elle accepte ou non les requêtes du client, et quand elle accepte, quelle que soit la nature de la demande, même si elle prend un rôle sexuel de dominée, c’est toujours elle qui a le pouvoir sur les désirs de son client. Il paie d’ailleurs pour ça. C’est un travail, un rôle, un service, un soin, une douceur ou une violence, quelque chose de maîtrisé, de consenti, d’indispensable. Il y a bien plus de domination dans certains milieux professionnels, et d’humiliations tolérées.
Il n’y a pas d’humiliation dans la prostitution, si ce n’est dans le jugement subjectif que l’on peut porter sur les fantasmes intimes des autres. C’est un sentiment qui provient souvent de l’incompréhension vis à vis des pratiques sexuelles inhabituelles au schéma missionnaire ennuyeux du bon père de famille.

Si l’on poursuit la définition juridique de la prostitution, on trouve : « doit être distinguée de la débauche sexuelle qui est la recherche d’un plaisir, alors que l’acte prostitutionnel a pour mobile central la recherche de profit »

Nous y voilà, en tant que travail cette pratique mérite un salaire, et il y a donc profit. Il faudrait donc admettre, et ce n’est pas d’une extrême gravité, qu’il existe des rapports sexuels sans plaisir, pour l’un des partenaires, ou pour les deux. Et figurez-vous que ça peut même vous arriver sans avoir recours à la prostitution. En effet, il existe un grand nombre de relations sexuelles qui ont lieu avec consentement, pour d’autres raisons que le désir ; ça peut être par ennui, par vengeance, par jalousie, par amitié, pour consoler, rassurer, ou se rassurer, par performance, par désœuvrement, par pur jeu…
Imposer le désir et l’amour à la relation sexuelle relève de la bêtise la plus profonde.

Et le profit peut-être en soi un désir, peut créer le désir, voire l’excitation. Le fantasme d’avoir une relation sexuelle contre de l’argent est une pratique qui peut arriver entre deux personnes n’ayant jamais songé à la prostitution, mais dans un jeu intime de fantasme partagé ; faudrait-il les condamner eux-aussi ?

On fini par se demander quel est le problème, si c’est la pénétration rémunérée ?
Mais en poussant ce raisonnement il faudrait abolir la pornographie également, puisque des personnes sont payées pour avoir des relations sexuelles probablement non désirées, de surcroît filmées et diffusées à un public particulièrement attentif.

J’aimerais bien voir la révolution citoyenne monstrueuse si on osait toucher au porno, honnêtement, ça ne serait pas les bonnets rouges, on risque plutôt l’insurrection.

Et c’est bien le problème de cette volonté d’abolir la prostitution : l’hypocrisie est une chose, en faire une loi contraignante pour l’imposer à tous en est une autre.

Définissez vos limites sexuelles, mais n’en faites pas une norme morale que tout un peuple devrait adopter pour la bienséance.

On pourrait assumer un parallèle avec la mode également, où des femmes utilisent leurs corps, avec des normes physiques discriminantes dictées par le désir du consommateur.

Leur corps est la « marchandise », non ?

Le sexe n’est pas sacré, c’est ce qu’on en fait. Rien ne vous empêche de sacraliser dans votre intimité, votre rapport au sexe, et d’en faire un de vos principes. Vous pouvez continuer à faire l’amour par désir et plaisir exclusivement, et pourquoi pas imposer l’orgasme dans ce contrat sacré avec votre partenaire unique et fidèle, et jamais avant le mariage, et sans capote, et seulement pour faire des enfants. Mais en aucune manière vous ne pouvez imposer cette norme, et cette vision de la sexualité aux autres.

Quant au 343 crétins, contreproductifs déjà par leur nom, ils ne rendent pas service aux putes, ni à l’intelligence.

La lutte :

Pour finir, il est impossible d’aborder la prostitution sans évoquer les problématiques qui gravitent autour de ce sujet. Et dans certaines revendications des abolitionnistes il y a des mesures de bon sens qui n’ont pas besoin de l’abolition pour être nécessaires et urgentes.

Le renforcement de la lutte contre toute forme de proxénétisme.

Une politique ambitieuse d’éducation à une sexualité libre et respectueuse de l’autre, et à l’égalité entre les femmes et les hommes. (Tant qu’on essaie pas d’interdire les fantasmes consentis à travers le prétexte du respect, oui).

Et pour poursuivre le débat : Pénaliser les clients de la prostitution: un ticket pour la clandestinité.

« Pour Médecins du MondeArcat, Act Up-Paris, le Planning familial et Aides, « une véritable régression sociale » se cache derrière le projet d’« interdiction d’achat d’acte sexuel » visant à « éradiquer » la prostitution. En poussant les clients à la clandestinité, cette mesure n’aurait pour effet que d’accroître la précarité des personnes se prostituant. »

Les féministes abolitionnistes tentent de faire abjurer les prostituées, elles sont toutes prêtes à absoudre les péchés et les vices de ces dernières, si elles reconnaissent n’être que des victimes, puisqu’il est impossible de vouloir utiliser son corps de la sorte.

Tant de moralisation aux relents religieux, de volonté de réglementer l’intimité, me renforce dans l’idée que ces idées doivent rester dans le privé.

Le jour où Putain ne sera plus une insulte, on pourra mesurer le progrès.

PS : Nous échangions à ce sujet avec une personne très sensible aux thématique de l’économie sociale et solidaire, et nous nous prenions à imaginer un système de coopérative de prostituées, cette idée de maison close ESS m’a beaucoup séduite. Je n’ai pas pu m’empêcher de penser à Benoît Hamon, ministre de l’ESS (que j’estime infiniment par ailleurs) et abolitionniste, à la façon d’un clin d’œil.

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7 commentaires
  1. Merci pour ce long exposé, utile.

    Il y a une différence entre l’ouvrier et la prostitué, en dehors de toutes préoccupations morales ou sociales . L’ouvrier se tue à la tache sur une machine. Tous les jours. 5 fois par semaine. Une machine qui répond à des normes de sécurité. Une machine qui se trouve elle, dans une entreprise qui doit elle aussi se soumettre à un cadre législatif précis. L’ouvrier va perdre sa jeunesse, son système nerveux et la santé de ses articulations sur une machine qu’il connait – trop – bien, qui est -trop- souvent la même année après année…

    Et pourtant, son triste sort reste plus enviable que celui de la prostitué. L’ouvrier est entouré de collègues, travaille dans un lieu clos et chauffé. La prostitué travaille, seule, dans un environnement non sécurisé, à l’extérieur, par tout temps. Elle doit s’adapter à toutes sortes d’individus, pour la plupart inoffensifs, pour d’autres dérangés, agressifs ou dangereux. Pas de bouton rouge de sécurité sur lequel appuyer quand le client déraille, qu’il il fait 2 fois ton poids, et que tu as les jambes écartées. L’espérance de vie des prostitué(e)s serait de 42 ans. Celle d’un ouvrier de 70 ans.

    La légalisation ? Pourquoi pas. Commençons par faire un bilan rigoureux des 12 années de libéralisation de la prostitution Allemande.

    Quant aux clients, je les emmerde, profondément. Quand tu consommes, tu as 9 chances sur 10 d’engraisser un proxénète sordide, violent et blindé. 9 chances sur 10, ça devrait faire réfléchir. La vraie honte, elle est là.

  2. Samuel Torrero a dit:

    Peu d’arguments, beaucoup d’invectives. Tu déplores un débat où sont « versés des torrents de boue », c’est vrai. Pourquoi dès lors jeter de l’huile sur le feu, se perdre dans dans des effets de manches, des jugements moraux et pseudo-psychologiques sur tes contradicteurs ?

    Je suis abolitionniste, je ne part pas du principe que ceux qui ne pensent pas comme moi sont pour l’exploitation et la violence, essaye de partir du principe que les abolitionnistes ne sont pas des curés ou des idiots qui ne sont pas posés les même questions que toi…

    En effet, tu le dis toi même, la prostitution aujourd’hui (parce que hier et avec toutes les entraves que ce hier implique) est essentiellement faite de violences et d’exploitation que subissent très très majoritairement femmes et transgenres. Tu critiques le pragmatisme abolitionniste, soit. Il n’empêche qu’il est absurde de répondre à une réalité aussi forte par une rhétorique sur la moral et l’inconscient collectif.

    Ce n’est pas le sujet et si ça l’était, reste une question, très pragmatique là encore, comment emmener une société forgé sous le joug de cette moral et de cet inconscient vers autre chose ? Tu n’y répond pas. Tu prends le débat sous l’angle culturel, reproches aux abolitionnistes de ne pas savoir s’extraire de cette vision mais ne proposes aucun débouché pour permettre à la société d’en sortir.

    De faits les entraves sont lourdes et la vision qui fait de la pute un objet (féminin), dont on peut faire absolument ce qu’on veut, même ce qu’elle ne veut pas, est une vision millénaire qui est très largement inscrite chez les individus qu’ils soient militants [je prends ta critique comme admise même si on pourrait en discuter] mais aussi clients, flics ou proxénètes… C’est sans doute une des explications à la poursuite des violences dans les maisons clauses, à l’échec des politiques réglementaristes.

    L’abolitionnisme au moins, propose une révolution culturelle qui va vers un mieux. Il vaux mieux une société qui considère les prostituées comme victime d’un système d’exploitation qu’une société qui les considère comme des objets, donc une société où personne n’a vraiment à se soucier de leurs sorts. J’insiste sur ce point parce que la réouverture des bordels ne répond pas à la question que tu poses toi même, ni intellectuellement, ni dans les faits.

    Parlons en des faits, parce qu’ils sont têtus tout de même … Comment peux-tu balayer si vite cet réalité : 90% des prostituées seraient sous le joug de réseaux. Cette réalité et toutes les autres, espérance de vie, nombre de mineures, de sans papiers, le bilan de l’expérience allemande (explosion de l’activité des réseaux, nombre ridicule de « travailleuse du sexe » déclarées et bénéficiant d’un statut) etc …

    Tu le dis, l’abolitionnisme est un pragmatisme, tu le lui reproches. Je dirais que cette méthode de raisonnement est au coeur de l’identité socialiste (au sens historique du terme), de Marx à Jaures en passant par Gramsci, cette même méthode, cette même rigueur intellectuelle : décortiquer, critiquer, comprendre le réel et se battre pour des pas vers un progrès, un mieux.

    Toi tu fais l’inverse, tu parts d’un idéal [qui est toutes fois très discutable] : une société ou femmes et hommes à égalité pourraient copuler moyennant rémunération avec d’autres femmes et hommes libres pour qui la rémunération ne serait pas un besoin et donc une source d’aliénation mais une envie, une source de désir. Le tout sans [trop] de violences … Ce monde n’existe pas, cette réflexion est donc une abstraction, hors-sol, un fantasme et au nom de ce fantasme tu détermines ce qui serait à faire et à ne pas faire dans un monde qui existe et qui est le notre et comme je le disais plus haut, tu ne fais même pas l’effort de dire comment aller vers ce monde…

    Les rapports de dominations (au sens marxiste du terme, pas pseudo freudien) sont ce qu’ils sont. Nous vivons dans un monde où des gens meurent tous les jours pour le profit d’autres, nous vivons dans un monde où des enfants sont exploités pour fabriquer des chaussures et/ou pour tailler des pipes. Nous vivons dans un monde où la majorité des individus qui le peuplent, souffrent d’une manière ou d’une autre de ces rapports de dominations et ont un intérêt objectif à ce qu’ils cessent. Pourtant ils perdurent, parce que les entraves sont nombreuses et font effet de système.

    Dans ce monde là, il me semble que lorsqu’on est socialiste comme toi, si on doit choisir entre lutter contre l’exploitation massive que provoque une activité humaine (la prostitution en l’occurrence) et lutter pour le maintien de la liberté (fantasmée) que générerait cette activité, il n’est pas si difficile de ne pas se tromper de combat. A condition, de pas nier cette réalité et ce qu’elle implique comme contraintes culturelles, de ne pas la balayer trop vite.

    A partir du moment où cette réalité existe on devrait, à mon sens, débattre uniquement des moyens de luttes contre cette réalité, le reste n’a que peut d’intérêt. On peut avoir des réponses a cette violence différentes, on peut comprendre la logique réglementariste comme outil envisagé de lutte. Mais le problème du débat actuel, c’est bien que cette réalité est trop souvent oubliée, niée, balayée Tu réclames de l’intelligence, il me semble qu’il est impératif pour qu’elle s’exprime, de ne pas perdre de vu que la prostitution, dans le réel, dans le concret, est d’abord une violence pas une sexualité et donc que de ce point de vu la morale n’a pas grand chose à voir la dedans.

    La prostitution n’a d’ailleurs pas augmentée avec la libération sexuelle et elle existe aussi fortement dans les sociétés cléricales. C’est assez logique si on la regarde comme un système corollaire du patriarcat et du capitalisme, ça l’est moins a travers le prisme que tu développes.

    A force de regarder la prostitution comme une question d’abords liée à la sexualité et la morale, on maintient précisément la vision morale que tu fustiges et on nie l’humanité des prostituées car on les maintient à leurs statuts d’objets. A travers ce prisme, soit il faut prohiber, parce que c’est mal, soit il faut conserver parce que ce qui est mal est cool car sulfureux. C’est un peu cette idée que tu développes quand tu lies la prostitution aux villes trop propres, trop lisses. La prostitution comme folklore, qu’on regarde de loin mais avec lequel on aime cohabiter pour qui sait s’encanailler, flirter avec les tréfonds de l’âme humaine …

    C’est à mon sens une vision bourgeoise et déconnectée du réel [mais ça je l’ai déjà dit ^^!]. Au 19ème siècle, sans doute que des bourgeois, humanistes, aimaient traîner leurs guêtre près des faubourgs qu’ils trouvaient pittoresques. Aujourd’hui encore, on esthétise la misère, certains l’idéalisent, pensent qu’elle crée de l’humain de la solidarité. Il reste même quelques racistes qui s’ignorent, pour penser que ce qui serait exotique serait mieux, par nature, que ce qui serait occidental…

    Je vais te faire une confidence, j’aime aussi les villes sales, je préfère la chaleur des villes méditerranéennes à l’austérité autrichienne et je pense même que l’effacement systématique des graffitis est un négationnisme culturel grave, une sorte d’autodafé permanent… Mais pour en revenir à la prostitution, je refuse de raisonner comme ça dès lors que je connais ce qui se cache derrière le fantasme, je refuse de résumer le sort de milliers d’humains à un patrimoine, tant pis pour les livres, tant pis pour le cinéma …

    Au delà de ça et pour rester dans les confidences, ce prisme bourgeois, disons bobo, masque souvent un conservatisme doux et romantique mais qui demeure un conservatisme. J’en ai conscience, je sais dans quelles sont mes contradictions personnelles, il y a des jours où je voudrais juste que rien ne change, parce que le monde est beau et que si il change on ne s’en souviendra plus mais tous de même quand le sujet est grave, sérieux, quand je raisonne politique, j’essaye d’éliminer ce genre de parasites intellectuels 😉

  3. Powlyn a dit:

    Holala, trop subversif, un article pour le droit des grandes bourgeoises à donner leur avis sur ce que les prolos devraient être autorisées à faire de leur cul pour pouvoir bouffer.

  4. Barnagotte a dit:

    Bonjour, serait-il possible de modérer les commentaires racistes? (  » tu n’es qu’une bourgeoise bien blanche  » )
    A plus forte raison les injures négationnistes? ( je fais bien sûr référence à l’usage des morphèmes privatifs « ne » et « que », signalant l’intention d’injurier par la négation )
    Et que dire de l’utilisation de l’adverbe supplétif « bien » dont on détecte sans peine qu’il est ici dévoyé avec ironie afin d’accentuer le mépris envers l’adjectif « blanche » auquel il se rattache?
    Quant à suggérer qu’être une bourgeoise bien blanche excluerait par nature d’être aussi pute, cliente, ou proxenete, qu’est-ce à dire? Qu’est ce qui serait incompatible, la couleur de peau, la condition socio-économique supposée, les deux … ?
    Après tout, il y a une certaine logique dans ce commentaire, puisque que l’auteur du billet NE serait rien d’autre QU’une bourgeoise bien blanche, elle ne pourrait pas, par reductio ad absurdum, être en même temps pute, cliente, proxénète, étudiante, cinéphile, blonde, ou diabétique.
    Mais Marie, au fait, êtes-vous vous-même une bourgeoise bien blanche qui a lu trop de livres romantiques sur la prostitution, puisque d’après votre logique, on ne peut se prononcer sur un sujet que quand on est soi-meme le coeur du sujet…?

    • Ben a dit:

      pas sûr que ce soit le « blanc » de la couleur de peau mais le blanc de la pureté (de la naïveté).
      je ne réagis que sur ce mot… pas sur le reste.

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