Une tragédie. Deux agressions.

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Attendre un peu, quand on a mal, qu’on ne sait pas tout, qu’on se prend une claque et que quelque chose s’embrase, que tout le monde y va de son commentaire. Les tripes nouées par un évènement tragique, comme si cela ne suffisait pas, lire et entendre les pires conneries en réaction, ça fait vomir deux fois. Merci internet, merci la modernité, merci la connerie populaire bien démocratisée.
J’aurais voulu du silence, de la décence, bref, tout ce qui va avec le respect quand il arrive quelque chose comme ça. Un jeune garçon est mort.

Les circonstances, mêmes floues, en font un évènement politique. Les médias s’affolent, les internautes, les politiciens, la gauche, la droite. Un système rapace malgré lui, qui n’attend pas qu’un cadavre soit froid pour s’y attaquer.

Il y a deux choses dans cette tragédie, la mort d’un garçon et un acte symptomatique du malaise républicain qui grandit. Le premier impose le recueillement et le respect, le second invite à secouer son apathie pour questionner et penser au delà de l’émotion.

Il y a deux grands dangers pour la République, et nous les subissons de concert.
Le premier : qu’elle soit abandonnée par son peuple. Qu’il s’en désintéresse, dans un mélange de confort distant, de mépris et de lassitude. Une inconscience de l’histoire.
Le second : qu’elle soit attaquée. Menacée par des extrêmes, qui cherchent à attiser la haine et amènent le conflit sur le terrain de la violence. Attaquée par les crises, économiques, morales, sociales, les scandales et les manipulations.

Alors la mort de Clément Méric c’est l’électrochoc tragique. Une agression d’un citoyen de la République par des membres d’un groupuscule d’extrême droite, dans un moment où de grandes manifestations qui se voulaient pacifiques ont dégénéré et où des mouvements extrémistes ont cristallisé leur existence, élargit leur champs d’action, et ont senti à travers cette mobilisation une occasion de prendre un peu plus de pouvoir. La droite défaite en 2012, laisse donc la place à de nombreuses formes d’expression, des plus républicaines aux plus sales, sans rien contenir, sans rien maîtriser. L’amalgame est rapide, le dérapage est facile.
Un électrochoc dans de la gelée, parce que la République est affaiblie. On a vu l’indignation, la mobilisation, l’effervescence médiatique, les commentaires. Scandale après scandale le peuple c’est un ensemble de chacun maintenant bien égoïste ; sensible à l’émotion, l’instantané et l’amnésie. Alors Clément c’est une tragédie qui fait pleurer, qui fait du bruit, et qui s’oublie. Sans prise de conscience digne de ce nom.

Ce qui illustre cette inquiétude se trouve dans les réactions que j’ai vu, absurdes, qui mettent dans le même panier la manif pour tous et le fascisme par exemple. Si à titre personnel je ne peux tolérer qu’on refuse l’égalité des droits ; je respecte les citoyens qui défendent ce point de vue. C’est toute la différence entre la tolérance et le respect. Et si l’extrême droite, ainsi que certains individus néo-nazis se sont mêlés aux manifestations, cela ne fait pas de ce mouvement un mouvement fasciste. Quand la manif pour tous condamne toute forme de violence, je ne l’insulte pas, je trouve ça plutôt heureux. Il y a un mouvement pacifique, il y a quelques têtes d’affiches qui appellent de façon irresponsable à la violence, il y a beaucoup de débordements, mais je préfère quand ils condamnent la violence.
Évidemment, l’hypocrisie. Pour certains sans doute. C’est très certainement le mot qui convient le mieux à une certaine extrême droite, qui invoque la République et passe son temps à la détruire. Le parti de l’oxymore puante.

Le combat, il doit avoir lieu.

Dans l’immédiat, la réaction est évidente.
Les muscles se bandent, les fronts deviennent tièdes, la haine, la rage, la colère ; arment l’envie de vengeance, et surtout : la violence. Et que peuvent ils rêver de mieux, les extrémistes ? Déstabiliser la République, le droit, et la paix.

Cette force, cette flamme, il faut en faire quelque chose de grand. Parce que toute énergie mise au service des basses passions de l’homme, est perdue, et sert l’abaissement national. Parce que toute énergie mise au service de la République sert le redressement national.

Ce serait céder quand il faut résister. Ce serait s’abaisser quand il faut relever la tête. Ce serait se diviser quand il faut s’unir. La haine face au respect. La violence face à la loi.
Et si tu serre le poing, lève le au ciel. Engage-toi, pense, lis, agis.

On a tous les yeux rouges, on est tous un peu sonnés, un peu hagards et pourtant. Cet acte est symptomatique, ne fermons pas ces yeux qui voient défiler les scandales. On enchaîne la perte de confiance, l’abstention, les manifestations contre l’égalité des droits, le renoncement au volontarisme politique, l’écrasement technocratique de l’Europe, le piétinement progressif de la laïcité, la bêtise élevée en porte parolat du peuple par la télévision. Et quoi ? Ce frisson que tu sens le long de ta nuque, tu vas le laisser se noyer dans le retour au quotidien ? Le scandale va encore glisser sur toi comme les autres avant lui, une brève indignation, quelques amalgames mal pensés dans la précipitation, de l’overdose médiatique qui va user le sujet sans le questionner ni le penser, et puis plus rien, jusqu’au prochain scandale.

Il y a un réveil de l’extrême droite, et des groupuscules à qui la fonction tribunitienne du FN ne suffit plus. Ils veulent être visibles, ils veulent hurler la haine, ils veulent plonger la France dans la peur, la violence et le repli.
La réponse ? C’est de la division et des mots scandaleux un peu trop nombreux à gauche comme à droite. L’instrumentalisation ignoble. Les dérapages.

La seule réponse, c’est la République, la République et la République.
Tous républicains, tous militants contre l’extrême droite, car cet engagement ne doit pas être un risque, cet engagement ne doit pas coûter la vie ni mettre en danger les enfants de la République.
La peur, elle ne doit pas être chez les républicains, mais chez ses agresseurs.

Deux extraits de mots justes, relevés dans le bruit et le tumulte d’internet, mais qui ont fait du bien :

Les mots du Premier Ministre Norvégien après Utoya :
«J’ai un message pour celui qui nous a attaqué et pour ceux qui sont derrière tout ça: vous ne nous détruirez pas. Vous ne détruirez pas la démocratie et notre travail pour rendre le monde meilleur. Nous sommes un petit pays, mais nous sommes fiers de ce pays. Aucune bombe ne nous fera taire. Aucun tir ne nous fera taire. Personne ne nous réussira à nous faire craindre d’être norvégien.»
«Nous allons répondre à la terreur par plus de démocratie, plus d’ouverture et de tolérance.»

Et un statut FB :
« La suprême tentation du mal, c’est la provocation au combat. »

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