De la démocratie à l’apocalypse

Tout ce qui est excessif est insignifiant. Talleyrand

 

Dix ans, l’UMP allait fêter ses dix années d’existence : bougies, cotillons.

Mais à l’épreuve de la réalité, dans son rôle de grand parti d’opposition, l’UMP a tenté de s’adapter à ce qui rencontre un certain succès à gauche : l’exercice de la démocratie.

À gauche, on connaît le recours au vote, au Parti Socialiste on vote souvent, on vote pour tout, tout le temps. On ne sait même plus pour quoi on vote.

On fait des Congrès, on fait des scandales. On se souvient d’Epinay en 1971. Les vieux en parlent comme d’un horizon indépassable, les jeunes comme s’ils y étaient. C’est ça les camarades, ils n’ont jamais l’impression de se répéter quand ils citent le discours à la jeunesse de Jean Jaurès. Le courage c’est de chercher la vérité et de la dire, c’est de citer Jaurès avec une flamme dans les yeux, et de la chaleur dans le cœur, comme si c’était la première fois qu’ils portaient à la tribune la bonne parole du grand tribun.

À gauche, on sait s’inspirer d’Obama. Du désir du peuple à s’impliquer dans la vie politique. Alors, on a fait les primaires. Ce tank de stratégie politique, ambitieux et efficace, cet outil génial de mobilisation des troupes de militants, et de sensibilisation des citoyens aux enjeux politiques, et à leur pouvoir d’agir pour leurs convictions, et pour leur pays. Les primaires citoyennes, c’est la jurisprudence qui s’impose aux grandes élections dorénavant. Passage incontournable, pour obtenir la légitimité par le vote démocratique.

L’UMP, orphelin de Nicolas Sarkozy, traumatisé par la perte du pouvoir, expulsé loin des ors des palais de la République, déchiré par des luttes internes mêlant inimitiés personnelles, rancunes, désaccord idéologique profond, ou opportunisme crasseux, l’UMP a du se trouver un nouveau chef.

L’UMP qui s’essaie à la démocratie c’est un peu comme la gauche qui s’essaie à la Vème République. On sent l’incompatibilité de style.

Commence alors le long chemin de croix, de la tentative de recours à la démocratie à l’apocalypse. Une pièce de théâtre, une tragédie grecque. Excessive, passionnée, destructrice, et force est de constater : légèrement caricaturale.

Nous avons abordé ce spectacle, avec un cornet de pop corn au cas où, un peu comme si c’était les QAG, mais sans le risque d’avoir à encaisser des coups. C’était leur tour, c’était notre domaine. Nous, on a eu le Mans pour pleurer un âge d’or qui n’aura jamais existé. On a eu Reims pour s’arracher les yeux. On a eu Toulouse pour… Ah non, pour rien. Bref, ils allaient enfin passer par un vote, à droite.

Copé / Fillon. Un couple gay, contre le mariage, déjà plein de contradictions, en somme.

Si on pense à la France, on se dit que Fillon est détestable, mais qu’au moins il est républicain, et qu’il n’ira pas a priori sonder la gerbe de Marine Le Pen pour s’en parfumer. Si on est un peu trop militant, on se dit que Copé c’est l’adversaire idéal, parce qu’on n’a même plus les valeurs de la République en commun avec cet homme, qui a déjà pillé le FN et agité en tout sens un chiffon rouge jusqu’au ridicule. Copé, c’est à la fois un rictus et un dégoût. C’est un cauchemar.

Un dimanche ennuyeux, on dînait dans le calme, quand soudain Twitter s’échauffe. On n’y croit pas, on trouve ça fort, on se souvient de Reims. Copé tente le coup de force et déclare sa victoire. Commence l’attente, Fillon sera-t-il capable de déclarer la guerre à celui qui lui vole la victoire ?

Sous les yeux des médias qui n’attendent plus qu’une chose : du sang.

La spirale vers le chaos est en marche, Fillon annonce sa victoire, et nous on hurle de joie, on éclate de rire, parce qu’on le sent, on le sait, l’UMP qu’on déteste est en train d’imploser sous nos yeux. À ce stade, on se frotte les mains, on met une chaîne d’actu, on branche twitter, et on savoure.

Le scénario ne se limite pourtant pas à cette intrigue banale, que Reims n’avait pas à craindre du haut de sa splendeur dévastatrice et des plaies encore parfois douloureuses aujourd’hui qu’il a laissé au PS. Non, l’UMP ne connaît pas de limites dans la surenchère.

Sur twitter on voit les plus excités du parti appeler au calme leurs collègues, c’est bien Xavier Bertrand, Frédéric Lefebvre, ou encore Nadine Morano qui s’expriment en ce sens, on hallucine devant notre écran, que se passe-t-il ? Invectives, sous-entendus, accusations de fraude, coups bas, Pécresse clashe Riester en live, et Nice est comparée à la Floride.

On se réveille tôt, on nage en pleine hypocrisie. Déconcerté, à l’UMP on ne comprend pas comment la démocratie peut donner deux vainqueurs, en même temps c’est nouveau la démocratie et quand on la saupoudre sauvagement de fraude, ça se voit. La COCOE entre dans l’histoire, un nom ridicule, un président mythique, Patrice Gélard, spécialiste de droit soviétique. Un sketch.

Mais s’il s’agissait seulement d’un sketch, on s’abandonnerait volontiers au rire, ou à la contemplation de cette tragédie de droite. Le problème, c’est ce frisson le long de la colonne vertébrale du citoyen de gauche, ce souffle glacé qui effraie et impose la gravité.

Parce que les militants UMP ont fait triompher une motion lors de ce vote, et celle-là, son score n’est pas contesté : la droite forte.

La droite forte, c’est la droite populaire, en plus flippant. C’est une bonne gueule de mec propre sur lui, Guillaume Peltier. Un type jeune qui cumule déjà un passage au MPF et au FN dans sa carrière, qui est d’une impertinence folle dans ses discours et dans les médias, et qui profite de son aisance pour affirmer des horreurs et des mensonges, voire des contradictions avec un tel aplomb que la couleuvre passe mieux qu’une session de gobage de Flamby par des collégiens expérimentés. 27,8% des voies. Tremblez.

En parallèle, la guerre Copé / Fillon ne se lasse pas de son ridicule. Copé propose un poste de vice-président à Fillon, refusé.

Symboliquement, l’enjeu de cette guerre interne de l’UMP prend une nouvelle ampleur le mercredi, et devient un boulet à traîner pour toute la classe politique. La COCOE a oublié trois fédérations d’outre-mer, on se demande s’ils se moquent de nous, comment n’ont-ils pas honte de l’annoncer ?

Juppé consterné sent son heure arriver et tente d’apparaître en sauveur médiateur tandis que 134 parlementaires et anciens ministres du camp Fillon menacent de déchirer leurs cartes. Des mots lourds sont prononcés par François Fillon au JT, accusant son parti d’être incapable de se doter d’une instance impartiale. Copé provoque son adversaire au même moment sur le plateau de 20h de France 2, et rejette l’idée de Copé dès le lendemain.

Le Jeudi, donc, sans se lasser de se donner en spectacle à une France qui ne s’y intéresse plus, l’UMP abreuve ses spectateurs de nouveaux rebondissements. Juppé pose un ultimatum tout en parlant de confrontations délétères, tandis que la COCOE reconnaît enfin avoir oublié trois circos des DOM TOM qui seraient de nature à changer le résultat de l’élection.

Tout le monde renvoie plus ou moins à la CONARE. Oui, parce qu’ils n’en avaient pas assez d’être ridicules avec la COCOE, il fallait que l’instance de recours soit plus grotesque encore que ce que nous n’aurions même pas osé imaginer.

La commission nationale des recours au travail, Juppé à la rescousse, et pourtant les insultes des deux camps pleuvent sans fin. Irréconciliables, fâchés jusqu’aux tripes, en guerre, grognons, ils mordent.

Mazerolle craque, il en a « marre de commenter des inepties ».  Absurde, excessif, irrationnel, acharné, suicidaire, l’UMP persévère.

Vendredi, toujours pas apaisé, Fillon essaie de clamer la différence entre un parti politique et une mafia, il réclame la vérité. Personne ne sait quel rôle aura Juppé.

Fillon veut lui donner un vrai rôle, Copé ne veut pas qu’il mette son nez dans la victoire qu’il s’est organisé…

Fatigué, on ne veut plus attendre les nouveaux épisodes de cette série pathétique qui use LE politique au profit de LA politique la plus sale et la plus répugnante.

Le summum de l’abjection au milieu du chaos étant probablement la réflexion distinguée de Pierre Kosciusko-Moriset « À un moment on a cherché les juifs, maintenant on cherche les riches. ». Qui passe inaperçue.

François Hollande a gagné l’occasion de revenir sur son expression malheureuse prononcée devant l’AMF à propos du mariage pour tous sur la « liberté de conscience », grâce au vacarme démesuré que l’UMP s’est échiné à produire, évitant ainsi LE scandale et le lynchage par ses propres soutiens qui se rebellent finalement plus facilement sur les questions sociétales que sur les questions économiques (la pilule de la TVA est passée, elle).

Mais l’ensemble des hommes et femmes politiques est touché par ce fiasco qui décrédibilise l’action politique, le fonctionnement et le rôle essentiel des partis, ainsi que la confiance que le citoyen peut avoir vis-à-vis du politique.

L’action publique ce n’est pas ça.

Notre devoir à gauche est double : soutenir l’action du gouvernement qui doit affronter des épreuves toujours plus complexes et redonner ses lettres de noblesse à l’action publique et l’engagement militant.

Car il est de notre devoir de ne pas dégoûter le citoyen de l’engagement, ni de la politique. La haine, les préjugés et le dégoût mènent irrémédiablement aux partis du rejet des valeurs républicaines qui nous sont chères. Il est à noter l’engouement de certains militants UMP pour le FN suite à la débâcle à laquelle ils assistent. Il faut maintenant s’acharner à convaincre, à rendre les réformes pédagogiques, et lutter sur le terrain de la bataille culturelle. Car la véritable victoire ne sera pas électorale, mais culturelle.

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