Gamine, salope, victime.

Un rapport.

Certes.

D’où vient cette propension à devenir adulte trop tôt, à vouloir être femme, objet de désir, à peine sortie des couches culottes ?

Est-ce la publicité, dans une volonté machiavélique de faire consommer dès le plus jeune âge des fashion victimes en puissance ?

Talons aiguille, jambes fines et longues, pause parfaite, maquillage sublime.

Quel âge ont-elles ? Vogue égare. Les références basculent, les photos perturbent, interrogent. Et souvent, mettent mal à l’aise.

Il y a l’enfance, sacrée. L’adolescence, difficile. L’âge adulte, enfin.

Si on dit : c’est malsain.

Parce que ces postures ressemblent à celles de femmes, mannequins.
On fait de ces enfants un objet du désir, que leur âge ne devrait pas permettre.

Cela signifierait que les femmes en couverture de magazines, ne seraient pas seulement belles, mais en réalité, principalement modelées pour être un objet de désir.

De désir masculin. Et un exemple pour les autres femmes, de ce fait. Parce que le but d’une femme, c’est d’exister aux yeux des hommes, de leur donner envie.

Soyez le plus désirable possible ; pour l’homme.

Bitch. Philosophy.

Une petite qui attrape maladroitement le rouge à lèvre de maman et se barbouille les lèvres. Qu’on retrouve noyée dans une robe de soirée et perchée en équilibre sur des talons, face au miroir.

C’est un grand classique. Attendrissant. Naturel.

Les enfants jouent aux grands. Ils jouent au docteur. Au papa et à la maman. Découvrent la sexualité pas à pas. Innocemment.

Où est le virage ? À quel moment est-ce que ça dérape.

Pourquoi est-ce qu’une gamine, au lieu de vouloir devenir grande, adulte, respectable ; veut devenir pute, soumise, provocante ?

La liberté, liberté chérie.

Celle conquise par les femmes, qui s’émancipent du joug du mâle dominant, de cette société paternaliste inhibante, injuste, réactionnaire.

La liberté sexuelle, la provocation, l’effervescence politique, les créations, les expériences, les tâtonnements.

C’était nécessaire, c’était incontrôlé.

Il y a eu le retour de flamme ; sida, entre autres joyeusetés.

Déconstruction du modèle classique de la famille. Individualisation, et apologie de l’égoïsme, de l’intérêt personnel, du libéralisme excessif, exubérant.

Alors les femmes étaient libres, et au début c’est grisant. Mais rien n’était adapté à cette liberté là. La société est lente à digérer les crises existentielles générationnelles.

Alors il y a eu du divorce, en masse. De nouveaux modèles. Et puis des idéaux politiques qui s’effondrent.
Pas de communisme vainqueur, ni de fin de l’histoire. Un dégoût du sérieux. Un mépris certain, progressif, pour le savoir, la culture, l’intelligence. Comme instrument de domination, et de manipulation, qui venait donner des leçons de morales.

Alors soyons libres, insouciants. Soyons perdus.

Et après ?

On a des enfants, à qui ont dit la liberté, l’égalité hommes / femmes, les jolis principes. Qui voient que dans les faits c’est juste l’insécurité affective, l’instabilité permanente, la solitude aussi beaucoup.

Et les tabous débridés. Les femmes, trop maigres, trop suggestives, sont celles qui plaisent, qui ont l’air heureuses, parce qu’elles sont aimées. Aimées des hommes.

Pourquoi ? Parce qu’elle sont belles, libres, indépendantes, sexuelles. Et que les relations humaines, les couples, s’inscrivent désormais tellement dans une définition de provisoire, que seules des qualités propres à la consommation triomphent.

L’amour, le sex, l’affection, l’attachement. Tout est consommation.

L’hyper sexualisation des petites filles, et des garçons aussi (sous la forme de mini-machos), n’est pas une question essentiellement marketing.

Interdire les concours de mini-miss, les publicités subjectivement jugées suggestives, et autre morale de cour de récréation, ne serait qu’un pis aller pathétique et inutile.

La crise est sociétale, et donc bien plus profonde. C’est l’incarnation d’un échec, une dérive, mais en plus sournois encore.

Les gamines aujourd’hui rêvent d’être des putes. Et des putes soumises. Quelle révolution !

Je vais vous parler du collège. Un peu après 2000.

Un collège privé, moral. Aux bons résultats, à la réputation respectable.

En province, un peu loin de tout, mais en ville. Suffisamment contaminé par la civilisation urbaine.

Des gamines, qui découvrent la vie. Les difficultés, les mesquineries, la cruauté infantile mêlée à l’adolescence défiante, c’est un cocktail empoisonné.

Alors, à 12, ou 13 ans, déjà, elles écoutent des abrutis, des adultes, sur Skyrock, raconter dans une vulgarité au delà du grossier, le sex, sans érotisme. Elles regardent des films X, en cachette, parce qu’il faut savoir. Parce que l’ignorant est toujours l’exclu. Elles sortent tard avec des garçons plus âgés, pour boire dans des bars, des garages, des sous-sols, et s’encanailler parce que ça fait grand. Parce qu’il y a un concours au plus provoquant. Parce que le danger, le risque, force le respect.

Les filles qui n’ont pas froid aux yeux dominent. Elles sont aimées.

Les plus grandes salopes règnent sur leurs amies, parce qu’elle connaissent mieux les garçons. Et plaisent aux garçons parce qu’elles leur permettent d’être virils, machos, vulgaires. D’être des hommes. Au sens où les enfants croient qu’il faut l’être.

La résurgence des codes classiques de domination de l’homme sur la femme, chez les jeunes, répond à une désorientation du modèle familial qui n’a pas été remplacé, où la stabilité est absente. Alors on se fie à ces codes anciens. Comme des modèles.

Mais on y ajoute la libération de la femme. Qui refusera d’être secrète, et soumise comme dans les images poussiéreuses du passé. La femme sera donc provocante, et usera de son pouvoir de séduction comme d’une arme pour sa liberté.

Plus elle sera séduisante, plus elle aura de pouvoir sur les hommes, sur les garçons.

Plus elle sera en apparence libre. Mais ce sont en fait des chaînes bien plus lourdes, que de se soumettre au désir masculin, toujours plus exactement.

Ces gamines au collège, seront fières d’aller à la piscine avec les garçons les plus machos. Et branleront comme des pros, en toute discrétion, un de ces mecs, dans le jacuzzi public, entre la mémé qui se relaxe, et le papa qui joue avec son nourrisson. Là, dans l’eau souillée, l’innocence a vraiment, gravement déserté.

La gloire sur ces petites putes. Ces victimes, qui veulent juste exister, ne pas se faire broyer par une machine sans pitié, ce truc de compétition froid et glauque qu’on appelle société.

Ces gamines cherchent de l’affection. Ailleurs que dans la famille, qui à l’adolescence n’est plus le seul référentiel.

L’adolescence est d’ailleurs un concept très récent. Mouvant.

Alors il faut beaucoup d’amies, avec qui la concurrence s’instaure en fait.

Et il faut plaire aux garçons. Tous les coups sont permis.

Moins c’est moral, mieux c’est.

Essayez de moraliser cette jeunesse.

Interdire ? Vous allez créer le désir. L’outrecuidance jouissive. Déplaire au raisonnable.

La conduite à risque, c’est ce qu’ils veulent, c’est ce qu’on veut, c’est ce que je voulais.

Le risque.

Plus tu introduis la leçon de morale, plus tu justifie la provocation.

Cercle vicieux, connard.

Quand on valorise l’excès, l’infraction.

Quand on vit une conjoncture de crise.

Quand on méprise l’école, les valeurs républicaines.

Quand on crache sur la politique, l’intérêt général.

Quand on ne pense qu’à sa gueule et qu’on apprend l’égoïsme à coup de traumatisme.

Qu’on ne s’étonne pas.

On peut s’amuser à interdire, à jouer les frigides. L’interdit a toujours fasciné. On ne pourra jamais empêcher aux gamins de devenir adultes. Ils découvriront la sexualité.

Ils feront des bêtises. Si, je vous assure. Et ce n’est pas grave.

Ce qu’il est nécessaire de préserver, c’est un socle de valeurs, de repères, d’amour.

Ce socle, ce n’est pas un modèle familial archaïque, ce n’est pas une conduite morale exemplaire frustrante. C’est un ensemble de valeurs qui doivent être respectées.

Ces valeurs, doivent être bousculées, dérangées, contestées même.

C’est ainsi que se construisent les êtres, en questionnant les acquis. Les héritages.

Mais ces valeurs doivent être enseignées, dans la famille, à l’école, dans les services publics, à travers les loisirs. Partout où se fait société.

Le commun existe, la fraternité n’est pas un vain mot. Les bénéfices ne sont pas uniquement d’ordre économique et comptable. L’intérêt général porte chacun.

Le rapport Jouanno. La blague.

Désigner des coupables. Panser sa culpabilité à coup de symboles liberticides.

On étouffe, cette politique de racolage et de bricolage vain est insupportable.

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