Dimanche.

     Ruine.

 Ce vide, cette absence, ce manque.
Accru dans la lenteur des heures de solitude.
Le sentiment d’exactitude du jugement que l’on porte sur sa propre existence, pâle vitalité des couleurs d’une vie tiraillée mais si commune, la fatalité, et l’ennui surtout, le triomphe de l’ennui.

On peut faire des choses, pour ne pas penser, pour échapper à son propre jugement, à l’introspection terrible.
On peut chercher à fuir, ou à distraire sa conscience.

Ce n’est pas une violence, le Dimanche épargne les variations intempestives émotionnelles. C’est une lente ankylose de l’être.

Les témoignages d’affection sont décevants, les amitiés nuancées, les passions usées, les envies découragées, l’été est une chaleur lourde, l’hiver un froid engourdissant. La pluie fatigue et le vent importune.

L’indifférence.

Le dimanche, ce n’est pas le septième jour de la semaine, c’est un concept.

Ce serait un spleen sans beauté, sans sublime, sans torture.

Une torture sans visage, une souffrance sans douleur identifiable.

Passivité.

Un constat sans saveur, la simplicité. Comme une déclaration administrative.

De la paperasse, utilitariste et  sans valeur, la déchéance de l’esthétique.

Le dimanche est un entraînement à l’abandon.

Un postulat sur l’insincérité des relations humaines qui nous lient à ces autres qu’on appelle nos proches. La famille, les amis, les collègues, les connaissances.

Une fiction de l’autre, celui que l’on aime, ou celui qui nous aime. Cet autre dans lequel on trouve écho. Celui par qui l’on construit sa vie. Presque un part de soi même tant il existe. Pourtant le dimanche, il est absent de soi, cet alter ego envahissant.
Le dimanche, même l’autre nous abandonne. Il ne reste que la solitude.

Réaliser que les liens que l’on tresse avec les âmes qui coexistent dans ce monde ne sont que des tentatives. Il n’existe pas de compassion assez forte pour partager la mort, on est seul.

Cet événement révèle aux consciences l’insurmontable bulle qui isole un être de la vie fourmillante autour.

La perspective, l’esquisse est ce qu’il reste ; toujours.

L’enjeu est de surmonter le Dimanche en pensant l’avenir, ou encore le combat.

N’y a-t-il pas un arrière goût de Fight Club, au milieu du silence ?

« C’est seulement quand on a tout perdu qu’on est libre de faire tout ce qu’on veut »

Idem avec l’ennui, ne plus avoir envie de rien. L’engourdissement pathologique prend fin avec un poing dans la figure, un électrochoc.
Si plus rien ne se dessine pour demain, alors tu as dans les mains la liberté de créer ce que tu veux. Une liberté absolue. Celle de dessiner l’avenir, le tiens.

Tu trouveras dans ce pouvoir une soif, peut-être abstraite au départ, d’idéal.

Le Dimanche met en exergue cette sensation que Confucius, bien qu’il puisse m’exaspérer d’ordinaire, résume assez joliment : « On a deux vies, et la deuxième commence quand on se rend compte qu’on n’en n’a qu’une », plus ou moins.

En somme, je sens obscurément que cet abandon total de la volonté, de l’énergie, de l’espoir qu’insufflerait un Dimanche, permet en réalité la naissance, et la perspective essentielle d’un :

« Fais ce que toi seul peux faire. Deviens sans cesse celui que tu es, sois le maître et le sculpteur de toi-même. »

Toujours Nietzsche. Merci.

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