Le Médiocre ; un concept.

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La médiocrité est le plus violent des fléaux, c’est une déchéance molle et invisible, un fardeau immense et impalpable. Une horreur indicible, une misère incalculable.

L’échec, la marginalité, l’inadaptation sont, à côté ce fléau, plus doux. Car ce malheur a le talent d’avoir du charme.

Je ne parle pas d’argent, je ne parle pas de condition sociale, je parle d’hommes, je parle d’individus, faits de chair et de sang, qui pensent, qui sentent, qui respirent et transpirent, l’amour, et la haine.

La médiocrité est plus violente que l’idiotie. Le grand naïf ne sait rien de sa simplicité, et il vit pleinement, et profite instantanément. Le médiocre, résigné, qui se satisfait de sa condition ne se demande jamais s’il peut rêver, il a violé ses espoirs, à coup de réalité, et d’acharnement.

Mais malheur à celui qui rêve, malheur à celui qui a de l’espoir, malheur à celui qui a conscience de lui, de ses limites et de sa médiocrité – quand il est médiocre. L’horreur est là.
Dans cette fatalité absconse.

Le médiocre est ce « tout le monde ». C’est eux. C’est moi. La plupart des gens le sont. En tant qu’individus. Peu aptes aux grandes choses, ou inaptes à la mise en échec poétique.

Mais la majorité développe une faculté raisonnable de gestion du désir. De gestion des passions et des rêves. Une logique pragmatique et cinglante s’insinue dans leur tête, et dès la chute de l’innocence de l’enfant, l’homme digère lentement ses folies, et s’inscrit dans la continuité d’une société où l’on vit à côté de la mort, dans un quotidien dégueulasse.

La médiocrité ne ronge alors pas, elle satisfait. Paisible repos, tendre acceptation, douce vie.

Le médiocre qui se tue dans le rêve, celui-là est fou, il est anormal, il est inconscient, il est stupide, mais jamais absurde.
Celui -là est limité, et porte son absence de beauté. Ni esthétisme de l’innocence, ni brillante pensée. Juste de vaines tentatives se soldant dans le grotesque.

Il a ce poids là sur ses épaules. Il n’est rien de gracieux, juste amoureux des choses sans même avoir de goût. Mais il en est conscient.

Cette malédiction vis-à-vis des autres hommes agit de la même façon que le fardeau de l’homme sans Dieu. Le fardeau des hommes qui vivent en conscience de la mort, par rapport à la légèreté de l’insouciance des hommes qui ne croient pas à cette fin, est le plus souvent dévorant. Surtout chez ceux qui en ont grande conscience.

Ainsi au milieu des médiocres, celui qui rêve toujours – et qui souffre ses passions sans avoir de talent – est tout aussi courbé sous le poids de son fardeau par rapport à ses semblables que celui qui, parmi les hommes, souffre la conscience de sa mort.
N’imaginons même pas le fardeau de l’homme conscient du caractère éphémère de son existence qui sait que sa vie est soumise à jamais à la médiocrité qu’il lui sera impossible de transcender par quelque mysticisme.

Rêveurs, qui souffrez, restez endormis : rien n’est beau lorsque l’on s’éveille. Tout est sali, tout est vandalisé. Et le premier à souffrir la laideur de ce monde, ce sera le rêveur qui verra en lui la tâche à l’esthétisme qu’il admire. Qui se contemplera, et se fondra dans le fade de ce monde.

Dormez, dormez vite. Le talent ne s’acquiert ni ne s’hérite. Et surtout cessez de rêver, cessez d’aimer, cessez d’être passionnés.
Sauf si, de cette souffrance, vous faites un talent.

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3 commentaires
  1. Suis pas sûr de bien comprendre, j’ai l’impression de lire de la poésie plutôt qu’autre chose.

  2. Joël a dit:

    Bien d’accord avec vous, la médiocrité est une engeance et malheureusement très répandue. Je m’incline devant ce texte et m’agenouille….mais comme dans votre tweet seulement si la réciproque est vraie.

  3. mtlbss a dit:

    moi je suis médiocre, le monde dans lequel je vie est médiocre, tout ce qui m’entoure est au maximum médiocre, mais cela reste en contraste avec le nul, qui est encore plus important que le médiocre, les relation humaine son de plus en plus souvent nul, je les préférerais médiocre, je suis nul en orthographe, et je me contenterais bien d’être juste médiocre, non le pire c’est pas le médiocre, c’est le nul….enfin c’est mon avis.^^

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